Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année A : 32ème Dimanche du temps  ordinaire

Sommaire

Actualité : quand l’huile vient à manquer

Evangile : Matthieu 25/1-13

Contexte des versets retenus par la liturgie

Piste possible de réflexion : si les lampes s'éteignent, c'est que l'huile vient à manquer …

Actualité

Une  première approche de cette parabole pourrait donner l'impression que Matthieu reprend  des thèmes  déjà connus. Cette impression n'est pas fausse et se trouve même renforcée lorsque nous lisons les textes qui précèdent et que la liturgie a "passés" sous silence en raison du parallélisme entre évangélistes. De ce fait, nous risquons de disperser notre réflexion ou de l'entraîner hors du "point sensible" sur lequel Matthieu centre sa pensée. Une réflexion sur le symbolisme de l’huile est nécessaire.

Evangile

Evangile selon saint Matthieu 25/1-13

L'épanouissement ultime du Royaume: exhortations à la vigilance - 3ème parabole: parabole des dix jeunes filles

Jésus disait à ses disciples: " Alors, le Royaume des cieux sera assimilé à dix jeunes filles,

1er temps: préparation de la rencontre

lesquelles, prenant leurs lampes, sortirent vers une rencontre de l'Epoux.

Or, cinq d'entre elles étaient insensées et cinq avisées. Car les insensées, prenant leurs lampes, ne prirent pas d'huile avec elles. Or les avisées prirent de l'huile, dans des fioles, avec leurs lampes

Comme l'époux prenait du temps, elles s'assoupirent toutes et dormaient

2ème temps : la rencontre et l'entrée aux noces

Or, au milieu de la nuit, un cri est arrivé : "Voici l'époux I Sortez vers sa rencontre". Alors se réveillèrent toutes ces jeunes filles-là et elles arrangèrent leurs lampes.

Les insensées dirent aux avisées: "Donnez-nous de votre huile, parce que nos lampes s'éteignent " Les avisées leur répondirent en disant: "De peur qu'il n'y en ait pas assez pour nous et pour vous, allez plutôt vers les vendeurs et achetez-en pour vous-mêmes."

Comme elles s'éloignaient pour en acheter, vint l'Epoux ; celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui vers les noces et la porte fut fermée.

3ème temps: appendice: parabole de la porte fermée

Plus tard, viennent aussi le reste des jeunes filles, en disant : " Seigneur, Seigneur, ouvre-nous I"

Répondant, il dit: "En vérité, je vous dis : je ne vous connais pas."

Veillez donc, parce que vous ne savez ni le jour, ni l'heure.

Contexte des versets retenus par la liturgie

* Dans la suite des dimanches, nous changeons totalement de sujet puisque ce passage appartient au 6ème développement du premier évangile. Avant d'aborder le détail du drame de la croix, très logiquement, Matthieu invite à réfléchir sur "l'épanouissement final du Royaume". Il se limite à l'exposé en enseignement oral, car, pour lui, la mission est à poursuivre vers toutes les nations avant la réalisation historique de cet épanouissement.

La parabole des dix jeunes filles prend place au milieu de ce nouveau développement, il importe donc d'en préciser la composition. Un premier ensemble a alerté sur les risques de confusion. Celles-ci peuvent résulter des perturbations humaines habituelles. En milieu judéo-chrétien, la ruine de Jérusalem pouvait également semer le trouble dans les esprits. Matthieu insiste sur l'idée que la manifestation sera évidente, même si le jour et l'heure demeurent inconnus.

Un deuxième ensemble reprend cette idée de l'inattendu et regroupe quelques exhortations à la vigilance. Une même phrase l'encadre et revient plusieurs fois: "Veillez, vous ne savez pas quel jour vient votre Seigneur" (23/ 42 23/44 24/50 25/13) " Après une référence aux "jours de Noé", trois paraboles invitent à une réflexion dans ce sens: la parabole du maître de maison, la parabole de l'intendant fidèle complétée de la parabole du mauvais serviteur et la parabole des dix jeunes filles. En conclusion pratique, la parabole des talents précise les comportements possibles. Elle retiendra notre attention dimanche prochain.

* Les lettres de Paul nous renseignent sur un des soucis qui devaient guider l'évangéliste lorsqu'il mettait en garde les chrétiens de sa communauté contre le relâchement possible et les invitait à veiller. Il s'agissait de l'espérance en un retour prochain du Christ. Alors que cette éventualité nous effleure rarement, elle a engendré nombre de perturbations aux premiers temps de l'Eglise. Le vocabulaire de la première lettre aux Thessaloniciens est très proche de celui de Matthieu "Quant aux temps et aux moments, vous n'avez pas besoin qu'on vous en écrive. Vous-même le savez parfaitement: le Jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit" (5/1).

* Matthieu semble avoir ajouté à une parabole primitive le dernier passage que l'on peut appeler la parabole de la porte fermée. Ce complément n'est pas sans rappeler le vêtement de noce en finale de la parabole des invités (28ème dimanche).

* Comme dans toute parabole, plusieurs traits manquent de naturel. Nous en connaissons l'importance pour ce genre littéraire. La plupart de ces points de contraste étaient voulus pour provoquer la réflexion des interlocuteurs. Mais, en raison des différences de civilisations, nous avons du mal à les cerner précisément.

La littérature ancienne ne fournit aucune description suivie concernant une noce à l'époque de Jésus. Comme aujourd'hui, les coutumes nuptiales variaient suivant les régions. Les célébrations palestiniennes actuelles comportent effectivement l'entrée de l'époux dans la maison paternelle à une heure avancée de la nuit. Elle constitue le point culminant des noces et en même temps leur fin. Nous ne pouvons affirmer ce qu'il en était autrefois.

Il peut être utile de dresser une liste de ces points d'hésitation ou de ces contradictions.

1. A l'évidence, Matthieu évoque les petites lampes en terre cuite d'usage courant. Elles éclairaient fort peu, risquaient de s'éteindre au moindre coup de vent et devaient être alimentées fréquemment. Pourquoi ne pas recourir à un mode de luminosité plus efficace, par exemple celui des torches qui auraient éclairé autrement bien? Oui mais… Pour orienter symboliquement notre réflexion, il fallait des lampes à huile. La question de l'huile, source de lumière, prend toute son importance.

2. Il est étrange, dans les conditions de l'époque, que les insensées aient oublié de se munir d'huile. Leur défaut dépasse donc la simple "étourderie", une note morale et religieuse est généralement attachée à l'adjectif "insensé". Elles sont "folles" au sens où est "fou" celui qui construit sur le sable (7/24)au sens où sont fous les scribes et les pharisiens qui distinguent entre le sanctuaire et l'or du sanctuaire pour valider les serments… Leur "folie" est tout aussitôt précisée : "elles ne prirent pas d'huile avec leurs lampes".

3. Il n'est pas dit pourquoi l'époux tarde à venir, pas plus qu'il n'est dit d'où il vient. C'est pourtant ce retard qui va créer les conditions défavorables qui suivront. Le "cri poussé dans la nuit" est tout aussi étrange car ce cri surprend tout le monde alors que l'événement était prévisible.

4. Les jeunes filles dites "sages" semblent manquer d'un minimum de charité pour leurs compagnes. Quant à leur conseil d'aller acheter l'huile qui fait défaut, il est absurde et hypocrite. Quel marchand resterait-il disponible à des clients éventuels au milieu de la nuit?

5. La porte fermée est en contradiction avec les lois d'hospitalité qui prévalent en Orient, surtout à l'occasion des festivités d'un mariage. Par ailleurs l'époux semble attendre les retardataires alors qu'il serait plus normal qu'il s'occupe de son épouse. Celle-ci n'est même pas mentionnée. Son reproche passe également sous silence la responsabilité qui lui incombe en raison de son retard.

* Dans sa présentation, cette parabole emprunte à de nombreux thèmes que Matthieu a déjà abordés. Le thème des noces orientait la parabole du festin. La liste des reproches aux pharisiens dénonçait indirectement des attitudes religieuses "insensées". Juste avant ces versets, la parabole de l'intendant "fidèle" recommandait la vigilance et se trouvait renforcée par la parabole du mauvais serviteur.

Il importe donc de bien saisir la progression de pensée que Matthieu imprime à la succession des différents passages de cet ensemble. L'évangéliste n'a pas pour habitude de se répéter sans nuance. Le thème commun reste bien: "Vous ne savez ni le jour ni l'heure", mais les "leçons" sont complémentaires.

Cette parabole ne se retrouve pas chez les autres évangélistes. Il en est de même des textes qui suivent immédiatement, à savoir la parabole des talents et la présentation du jugement final. Matthieu l'a donc choisie tout particulièrement parmi les écrits qu'il tenait de la tradition. Si nous prêtons attention à sa composition, il l'a même placée au centre d'une symétrie plus générale, ce que nous appelons un chiasme. Ne serait-ce qu'au plan du vocabulaire, la parabole des talents fait symétrie à l'activité de l'intendant "établi sur la maisonnée pour donner la nourriture en temps voulu". "Serviteur fidèle et avisé" d'une part, "serviteur bon et fidèle" d'autre part. "Sur tout ce qui lui appartient, le maître l'établira" d'une part, "sur beaucoup je t'établirai" d'autre part.

Notre parabole oriente nettement la progression de pensée vers l'intériorité de la foi. La recommandation générale concernant le "Maître de maison" se précisait déjà dans la parabole de l'intendant; priorité était donnée à l'engagement concret au service de la communauté. Il en était de même pour le rayonnement des "talents" confiés à chacun "selon ses capacités". La parabole des dix jeunes filles émerge en thème nouveau. Elle "remonte" à la source personnelle qui doit animer l'engagement chrétien. Son symbolisme en est l'huile dont il est fait provision ou que l'on calcule au plus juste.

* Plusieurs références peuvent confirmer ce que Matthieu suggère lorsqu'il parle de "l'huile" qui permet aux lampes de briller.

En finale des béatitudes, il recommande aux disciples: "Vous, vous êtes la lumière du monde… Que brille ainsi votre lumière devant les hommes…" (5/14). Mais, pour remplir cette mission, il les invite à être "avisé" et à construire sur le roc que constitue l'enseignement de Jésus. "La pluie pourra tomber et les vents pourront se déchaîner, la maison ne croulera pas" (7/25).

Dès ce moment, le rapport à Jésus est intériorisé. "Ce n'est pas en me disant: Seigneur, Seigneur, qu'on entrera au Royaume des cieux, mais c'est en faisant la volonté de mon Père qui est dans les cieux. Beaucoup me diront en ce jour-là: Seigneur, Seigneur, n'est-ce pas en ton Nom que nous avons prophétisé, … chassé les démons, … fait des miracles? Alors je leur dirai: jamais je ne vous ai connus" (7/21).

* En lisant les textes qui suivent notre passage, il apparaît que l'évangéliste envisage deux temps d'intimité avec le Seigneur, un temps "historique" nourri de partage en vie commune et le temps que nous désignons par monde futur. Il se garde bien de le décrire mais il le situe en continuité étroite avec l'engagement présent. Les serviteurs qui ont fait fructifier leurs talents, s'entendent dire: "En peu de choses vous avez été fidèles, sur beaucoup je vous établirai. Entrez dans la joie de votre Seigneur" (25/21) Le jugement final s'ouvre sur la même invitation : "Bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde" (25/34).

* Nous pouvons également prendre en compte le schéma de présentation que Matthieu adoptait pour le Sermon sur la montagne. Il le reprenait sans doute de la présentation habituelle de la pensée juive. Celle-ci met en priorité la Loi comme source du bonheur de l'homme par révélation de Dieu, puis elle mentionne l'importance des "œuvres" qui diffusent concrètement cet idéal, enfin elle insiste sur la Sagesse, qui insuffle à toute l'existence la richesse de la lumière initiale.

Le symbolisme de l'huile est facile à rapprocher de ce qui était dit de la Sagesse dans les livres qui abordaient ce thème aux environs de notre ère. "J'ai décidé de l'avoir pour lumière, car sa clarté ne connaît pas de déclin" (Sagesse 7/10).

Piste possible de réflexion : si les lampes s'éteignent, c'est que l'huile vient à manquer …

1er point : l'huile, "point sensible" selon Matthieu

Spontanément, nous sommes attirés par la mention finale: "Veillez, car vous ne savez ni le jour ni l'heure!" Cette recommandation n'est pas négligeable, mais en lisant les passages environnants, nous percevons qu'elle n'est pas spécifique de cette parabole, elle domine tout l'ensemble. L'évangéliste la répète en rapport avec des objectifs bien précis. Ce sont ces objectifs qu'il importe de repérer.

En premier, les "maîtres de maison", donc les responsables de communauté, sont invités à ne pas laisser s'infiltrer des "voleurs", autrement dit des "antichrists" dont l'influence manifeste, selon Paul et Jean, que "la dernière heure est là".

Viennent ensuite des conseils de vigilance à l'intention des "serviteurs fidèles et avisés que le Seigneur a établi sur sa maisonnée pour donner à chacun la nourriture en temps voulu". L'insistance sur ce point rappelle le relâchement que dénonçait Paul dans sa lettre aux Thessaloniciens sous prétexte d'un retour prochain du Christ. Au 21ème siècle, nous sommes très peu sensibles à cette éventualité, mais cette fausse espérance a fortement perturbé les premières communautés et nous comprenons le dédoublement de parabole que Matthieu introduit en dénonçant l'hypocrisie d'un mauvais serviteur éventuel.

Ces deux exemples révèlent la "technique littéraire" de Matthieu. Il n'insiste pas essentiellement sur la nécessité de veiller, mais il aborde certaines pesanteurs qui nuisent à la veille. Le fait de ne savoir ni le jour, ni l'heure est une évidence, au plan individuel comme au plan social. Mais les réactions sont susceptibles d'être différentes. La "mort rejaillit dans la vie" et c'est là que les déséquilibres sont possibles.

La parabole des dix jeunes filles ne trouve "enchâssée" entre deux engagements très concrets, celui des serviteurs donnant la nourriture à leurs frères et celui des serviteurs faisant fructifier les talents que le maître leur a confiés durant son absence. Tout porte donc à prêter attention au centre. C'est d'ailleurs là que se joue la séparation des deux groupes, l'échéance finale en est la conséquence.

Il  faut donc donner au mot veiller un sens très large et repérer le point précis où il s'applique. Il ne peut s'agir du sommeil puisque toutes les jeunes filles s'endorment. Il ne reste que la double question de l'huile et de la lampe. La lampe étant situé en étroite dépendance de l'huile, il ne reste même que la question de l'huile. Et la qualité de l'huile ne semblant pas en cause, c'est la quantité qui prédomine. Le schéma de réflexion devient simple: les jeunes filles "avisées" ont recueilli de l'huile en abondance et n'ont pas hésité à l'emmener, les "insensées" se sont contentées d'un strict minimum…

La parabole oriente ainsi la progression de pensée vers l'intériorité de la foi. Assez logiquement, Matthieu "remonte" à la source personnelle qui doit animer l'engagement chrétien. De la parabole des dix jeunes filles émerge un thème précis. Le symbolisme en est l'huile dont il est fait provision ou dont on n'a qu'un souci limité.

2ème point : Comment Matthieu envisageait-il le symbole de l'huile ?

La réponse n'est pas évidente. Le symbolisme de l'huile ne se retrouve en aucun autre passage d'évangile et notre civilisation est très différente des civilisations anciennes quant à la fabrication de l'huile et à son emploi. Pourtant la difficulté de transposition n'est pas insurmontable.

Bien entendu il s'agit d'huile d'olive. Et, fort heureusement, le texte sélectionne la diversité des utilisations que l'on en faisait, il privilégie le rapport à la lumière. Sans recourir à des connaissances particulières, le "cycle" d'efficacité peut donc être précisé. En Palestine, les oliviers sont nombreux et leur ancienneté est légendaire. Cela ne les empêche pas de produire du fruit en abondance. Pour alimenter les petites lampes habituelles, après la cueillette, les olives doivent être écrasées dans les "moulins à huile" dont dispose chaque village. L'huile, recueillie dans des vases, devient ainsi source de lumière à l'encontre des menaces qui se cachent dans la nuit.

Partant de là, il est relativement facile de faire correspondre le symbolisme de la parabole au  mouvement  de la foi chrétienne.

Dès la finale des béatitudes, avant tout autre commentaire, Matthieu précisait la double activité de lumière qui s'impose aux disciples. Il s'agit d'abord pour eux de construire personnellement sur le roc. Partant de là, ils pourront être "lumière qui brille devant les hommes et éclaire tous ceux qui sont dans la maison"(5/14) .Mais ce roc n'est plus celui d'une Loi donnée de l'extérieur et dont il suffit de suivre les prescriptions. Il s'agit d'une personne engagée dans un témoignage riche de virtualités.

C'est là l'olivier historique qui a été planté au début de notre ère. Tout chrétien peut en cueillir les fruits, mais, que ce soit pour lui-même ou pour les autres, il importe de les broyer selon l'image des pressoirs à huile. Car Jésus n'a pas laissé d'abord un message, il a vécu un témoignage qui a été "vu et entendu" dans le cadre d'une époque.

Il ne s'agit pas de le copier, mais d'en faire jaillir la lumière, d'en recueillir l'huile qui, entre autres, servira à allumer les lampes personnelles et surtout les lampes de la mission. Cette huile est largement disponible à qui veut la recueillir, sa qualité n'est pas en cause et son rapport à la lumière n'a rien d'original. Il intègre la loi humaine de connaissance des êtres et des choses. Tout engagement sérieux ne peut se dispenser de réflexion, surtout lorsqu'il s'agit de méditer un témoignage aussi riche que celui que nous a laissé Jésus.

Nous voyons ainsi apparaître très naturellement la notion d'huile comme symbolisant l'activité d'intelligence à laquelle Matthieu s'était attelé en écrivant son évangile et qu'il souhaitait voir poursuivie sans relâche. Car la mission impliquait de "faire disciples toutes les nations", quel que soit le temps, quel que soit le lieu. Pour que cette invitation soit crédible et pour que la foi susceptible d'y répondre soit nourrissante, il importe que soient repris les multiples éléments vécus historiquement et qu'ils soient rendus assimilables à de nouvelles générations.

3ème point: au-delà du symbolisme ordinaire de l'huile

Sur la base de ce fonctionnement symbolique, la parabole des dix jeunes filles remet à sa juste place la question latente de la destinée éternelle.

En ce qui concerne le lien avec la foi chrétienne, c'est trop peu de parler d'un témoignage susceptible d'éclairer et de nourrir nos vies. Nous vivons de dialogue avec Jésus et nous ne voyons pas pourquoi nous limiterions ce dialogue au seul temps présent. . En arrière-plan de cette présentation, nous percevons le souvenir de ce que l'évangéliste avait vécu intimement, l'amitié profonde qu'il portait à celui qui l'avait appelé en toute confiance et lui avait confirmé cette confiance à chaque instant d'une aventure commune. Dans le souvenir de l'évangéliste, l'huile débordait des vases et il n'était pas question de la limiter à une simple lumière sur l'existence. La résurrection de Jésus traduisait la permanence de ce dialogue. Son échéance ne pouvait donc présenter un visage différent. L'image du festin de noces convenait à tous les temps.

Matthieu invite donc à "oser" la même aventure, aventure sans calcul quant à l'inconnu où elle entraîne. Ainsi s'éclaire la réaction des jeunes filles "avisées". Il ne faudrait pas nous méprendre sur leurs réactions vis-à-vis de leurs compagnes. Il est évident que, s'il ne s'agissait pas de symbolisme, leur refus de partager serait inadmissible. Mais il s'agit de la foi; foi chrétienne qui ne peut être réduite à une vague croyance religieuse. Par nature, elle est personnelle. Il en va du respect de la liberté et de la densité d'adhésion propre à chacun.

En lisant les textes qui suivent notre passage, il apparaît que l'évangéliste envisage deux temps d'intimité avec le Seigneur, un temps "historique" nourri de partage en vie commune et le temps que nous désignons par monde futur. Il se garde bien de le décrire mais il le situe en continuité étroite avec l'engagement présent. Les serviteurs qui ont fait fructifier leurs talents, s'entendent dire: "En peu de choses vous avez été fidèles, sur beaucoup je vous établirai. Entrez dans la joie de votre Seigneur" (25/21). Le jugement final s'ouvre sur la même invitation : "Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde" (25/34). Tout se poursuit, même si c'est autrement.

4ème point: qu'en est-il de l'huile aujourd'hui ?

Actuellement les doléances ne manquent pas pour déplorer que les lampes s'éteignent. Elles suscitent bien des discussions sur les causes et sur les "pastorales" possibles pour redresser la situation. Pourtant la question de l'huile est rarement évoquée alors que se manifeste un intérêt nouveau pour le vieil olivier dont les fruits se proposent dans les évangiles.

Sans juger des personnes, nous retrouvons le double handicap qui est au centre de la parabole. Les mentalités contemporaines ont hérité d'un style religieux à base minimum de réflexion. Il n'est donc pas étonnant que les lampes soient éteintes avant même que ne soit atteinte la porte des noces. D'ailleurs le déisme du passé a fermé cette porte avant même qu'elle ne soit ouverte. Et surtout le témoignage de Jésus a été laissé au dehors, y compris dans les milieux chrétiens.

Les évolutions actuelles exigent donc une nouvelle cueillette. Il ne sert à rien de vouloir s'en dispenser en ramassant des fruits tombés à terre et altérés par les multiples vicissitudes ou évolutions de l'histoire. Le pressoir à huile est moins rouillé qu'on ne le dit, il suffirait de ne pas refuser sa mise en route en taxant d'intellectuel toute approche nouvelle du témoignage passé. Et il importerait également de ne pas être rivé aux questions religieuses relatives et de se laisser porter au grand vent d'un inconnu beaucoup moins inconnu qu'on ne le prétend.

Rappelons-nous que lorsque l'huile vient à manquer, les lampes s'éteignent et que, si les lampes s'éteignent, c'est que l'huile vient à manquer…

 
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