Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année A : 7ème Dimanche du temps ordinaire

 

 

Sommaire

Actualité :  avant le carême, réfléchir sur la violence.

Organisation d’ensemble de Matthieu

Evangile : Matthieu 5, 38-48

Méditation avec Hans Urs von Balthasar : « Plus de souffle que toute la violence du monde… »

René Girard : la violence et le sacré

A lire d'urgence: René Girard. Je vous satan tomber comme l'éclair. (Grasset)

Actualité

Je profite de ces vacances pour vous donner un schéma d’ensemble de l’évangile selon saint Matthieu. A  imprimer et garder dans vos missels  pour situer la lecture de chaque dimanche et mieux en saisir la portée au regard  de l’ensemble.

L’occasion est belle cette semaine, qui nous est donnée de réfléchir à la violence et au message que le Christ délivre et incarne pour y mettre fin. Message paradoxal puisque, dans un premier  temps,  il nous livre à cette violence, la suscite, et nous prive, en démontrant leur perversion, des mécanismes sacrés  (bouc émissaire) par lesquels les hommes ont toujours tentés d’y  mettre un terme. (Mécanismes certes éphémères et illusoires, mais de prime abord efficaces.)

 

Oganisation d'ensemble de l'évangile de Matthieu

L'entrée du Royaume dans l'histoire par l'incarnation de Jésus-Emmanuel 

1er développement : l'Evangile du Royaume

proclamé par Jésus

2eme développement : la diffusion du Royaume à travers les lieux et les siècles

par l'envoi de disciples devenant apôtres

3ème développement : les lois de croissance du Royaume

en un lieu et en un temps

4ème développement : la vie communautaire du Royaume

5ème développement : le rejet du Royaume par les responsables juifs

6ème développement : l'épanouissement ultime du Royaume

à la fin des temps

7ème développement : le drame de la passion

à la lumière des prophètes

ouvrant à la résurrection de Jésus-Emmanuel

le Royaume et la marche de l'histoire

Le mot "Evangile" est équivalent au mot "Bonne Nouvelle", mais la résonance des deux expressions dans les esprits modernes n'est pas exactement la même. "Evangile" suggère l'idée d'un texte, transmettant un message. Les "nouvelles" transmises par les Actualités télévisées sont beaucoup plus fugaces.  

C’est pourquoi j’aime beaucoup la traduction : heureuse annonce !

Schémas des différents développements

L'entrée du Royaume dans notre histoire

par l'incarnation de Jésus

1er ensemble :     l'enracinement en Ancien Testament

2ème ensemble : le ministère de Jean-Baptiste

3ème ensemble : les débuts du ministère de Jésus

1er développement : l'Evangile du Royaume

proclamé par Jésus

1er éclairage : exposé en enseignement oral

1er ensemble:     le cœur de cette "Bonne Nouvelle": les Béatitudes

2ème ensemble: l’ "accomplissement" de la Loi et des prophètes

3ème ensemble: la Sagesse chrétienne  (la nouvelle "justice" au sens juif)

2ème éclairage : témoignage en engagement historique

1er ensemble:       le lépreux - le serviteur du centurion - la belle-mère de Pierre

2ème ensemble:   la tempête apaisée - les démoniaques païens - le paralytique pardonné

3ème ensemble:   l'hémorroïsse et la fille d'un chef - deux aveugles - le possédé muet

2eme développement : la diffusion du Royaume à travers les lieux et les siècles

par l'envoi des disciples en mission

1er éclairage : exposé en enseignement oral

1er ensemble: à la source de cette diffusion

2ème ensemble: recommandations générales

3ème ensemble: les persécutions en toile de fond de cette mission

2ème éclairage : témoignage en engagement historique

1er ensemble: l'attitude des contemporains de Jésus

2ème ensemble: les ruptures avec le judaïsme au plan religieux

3ème ensemble: les conflits plus profonds sur la "personne" de Jésus

3ème développement : les lois de croissance du Royaume

1er éclairage : exposé en enseignement oral

trois lois fondamentales de croissance:

1ère loi : la loi du petit nombre portant du fruit

2ème loi : la loi du développement au coeur du monde sans sélection prématurée

3ème loi : la loi du renouvellement permanent exigé par cette situation

2ème éclairage : témoignage en engagement historique

1er ensemble: ministère historique du Christ chez les juifs

2ème ensemble: ministère du Christ chez les païens

3ème ensemble: renouvellements exigés pour mener la mission chrétienne

4ème développement : la vie communautaire du Royaume

1er éclairage : exposé en enseignement oral

1er ensemble: idéal personnel d'humilité

2ème ensemble: responsabilité vis-à-vis des petits

3ème ensemble: la brebis égarée

2ème éclairage : témoignage en engagement historique

1er ensemble: quelques points d'accomplissement

2ème ensemble: pas de différence entre premiers et derniers

3ème ensemble : une autorité de service

5ème développement : le rejet du Royaume

par les responsables juifs

1er éclairage : exposé en enseignement oral

à la lumière des Ecritures

1er ensemble: le style de Jésus a bien témoigné d'une "venue" divine

2ème ensemble: son action ne visait qu'une purification religieuse

3ème ensemble: le judaïsme a été incapable de répondre à cette initiative

2ème éclairage : témoignage en engagement historique

1er ensemble: les refus opposés par les responsables

2ème ensemble: les controverses soulignant les ruptures

3ème ensemble: les reproches à l'égard des comportements

6ème développement : l'épanouissement ultime du Royaume

à la fin des temps

1er éclairage : exposé en enseignement oral

1er ensemble: les risques de confusion

2ème ensemble: exhortations à la vigilance

3ème ensemble: le jugement final

bien entendu, pas de témoignage en engagement historique

7ème développement : le drame d'une passion ouvrant à la résurrection

continuité : le drame à la lumière des Ecritures           rupture : la résurrection

1er éclairage : exposé en enseignement oral

plus exactement: "accomplissement" de l'enseignement des Ecritures

1er ensemble : dans l'éclairage du prophète Zacharie et de sa présentation messianique

7 points :

projet des chefs juifs contre Jésus

onction de Béthanie

trahison de Judas

préparatifs du repas pascal

annonce de la trahison

eucharistie

prédiction du reniement de Pierre.

2ème ensemble : dans l'éclairage du livre d'Isaïe sur le Serviteur souffrant,

7 points :

Gethsémani.

arrestation

comparution devant le Sanhédrin

reniement de Pierre

mort de Judas

comparution devant Pilate

violences des soldats

3ème ensemble : dans l'éclairage du Psaume 22 et des psaumes messianiques,

7 points :

crucifiement

moqueries envers Jésus sur la croix

mort de Jésus

signes du Jugement dernier selon les prophéties

germe d'universalité : le centurion

ensevelissement.

garde du tombeau

2ème éclairage : témoignage en engagement historique

1er ensemble : double manifestation aux femmes

2ème ensemble : mauvaise foi des responsables juifs

3ème ensemble : apparition aux Onze disciples et mission universelle

"Continuité et rupture" sont les deux clés qui ouvrent la composition des développements ou de certains ensembles. Le témoignage en engagement historique marque en général une rupture ou une extension de l'enseignement oral. Lors de ces ruptures, l'évangéliste "centre" tout particulièrement sur Jésus, il le situe ainsi comme artisan de ces évolutions.

Evangile : Matthieu 5, 38-48 

Vous trouverez le schéma de l’intégralité du premier développement de Matthieu, le passage de ce dimanche est en rouge.

1er développement : l'Evangile du Royaume proclamé par Jésus

continuité et rupture

1er éclairage : exposé en enseignement  oral

1er ensemble: le cœur de cette "Bonne Nouvelle": les Béatitudes

2ème ensemble: l"accomplissement" de la Loi et des prophètes

3ème ensemble: la Sagesse chrétienne  (la nouvelle "justice" au sens juif )

contexte symbolique

voyant les foules (idem 7/28) il monta vers la montagne 5/1

comme il s'asseyait vinrent auprès de lui ses disciples

ouvrant la bouche, il les enseignait en disant :

1er ensemble: au cœur de l'Evangile du Royaume : les Béatitudes

"choisir la vie et le bonheur"  Deutéronome 30/15

1*- sept béatitudes de portée générale                                                                        5/1-9

quatre référées à l'Ancien testament +  trois touchant aux relations communautaires

centrées sur la "justice" au sens religieux juif

Heureux les pauvres en esprit (en "souffle") Isaïe 61/1-2

parce qu'à eux est le Royaume des cieux

Heureux les doux Psaume 37/11

parce que eux, ils hériteront la terre

Heureux les affligés Isaïe 61/1-2

parce que eux, ils seront consolés

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice Psaume 107/9

parce que eux, ils seront rassasiés

Heureux ceux qui ont pitié

parce que eux, ils seront pris en pitié

Heureux les purs de cœur

parce que eux, ils verront Dieu

Heureux ceux qui font la paix

parce que eux, ils seront appelés fils de Dieu

2*- deux béatitudes sur les persécutions                                                                       5/10-12

Heureux les persécutés à cause de la justice

parce qu'à eux est le Royaume des cieux

Heureux êtes-vous quand on vous insultera,

persécutera,

dira des méchancetés contre vous, en mentant, à cause de moi

parce que votre récompense est nombreuse dans les cieux

car ainsi on persécuta les prophètes

3*- la valeur du témoignage des disciples (autre forme de béatitude)

a) Vous, vous êtes le sel de la terre 5/13

si le sel s'affadit, avec quoi sera-t-il salé ? Il n'a plus force pour rien,

sinon pour être jeté dehors et piétiné par les hommes.

b) Vous, vous êtes la lumière du monde; 5/14-16

Une ville se situant au-dessus d'une montagne ne peut être cachée

On n'allume pas non plus une lampe pour la mettre sous une mesure à blé;

on la met sur le lampadaire, elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison.

c) que brille votre lumière devant les hommes  -  qu'ils voient vos belles œuvres -

qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux

2ème ensemble : "l'accomplissement" de la Loi et des prophètes

1*- continuité de cet enseignement avec l'Ancien testament                                  5/17-20

a) pas suppression, mais accomplissement

ne vous imaginez pas que je suis venu détruire la Loi ou les prophètes

je ne suis pas venu détruire mais accomplir

b) insistance sur la valeur de la Loi jusqu'à ce que tout arrive

il n'est pas question de délier le moindre de ces commandements

ni dans la pratique, ni dans l'enseignement

c) mais il importe que surabonde la justice des disciples

plus que celle des scribes et des pharisiens

2*- "l'accomplissement" de la Loi (juive) et des prophètes

sept exemples de rupture

a)- dissensions entre frères (chrétiens)                                                                     5/21-24

=  il a été dit aux ancêtres: " Tu ne commettras pas de meurtre

celui qui commettra un meurtre, sera passible du jugement."  Ex 20/13  Deut 5/17

= moi, je vous dis:

tout homme qui se met en colère contre son frère, sera passible du jugement ,

celui qui dira à son frère : 'Raka" (tête creuse), sera passible du sanhédrin

celui qui dira : 'insensé', sera passible d'être jeté vers la Géhenne de feu

= lorsque tu portes ton don sur l'autel du sacrifice, et ton frère a quelque chose contre toi,

laisse là ton don, devant l'autel et d'abord réconcilie-toi avec ton frère,

alors viens et porte auprès ton don.

b)- dissensions avec les autres (au sens large)                                                        5/25-26

Sois vite bienveillant envers ton adversaire aussi longtemps que tu es avec lui sur le chemin,

de peur que l'adversaire ne te livre au juge, le juge au garde et

que tu ne sois jeté en prison

Tu ne sortiras pas de là jusqu'à ce que tu remettes le dernier sou

c)- Respect de la femme (désir)                                                                                  5/27-30

= il a été dit : " Tu ne commettras pas d'adultère."  Ex 20/14  Deut 5/18

= moi, je vous dis

tout homme qui regarde une femme pour la désirer,

a déjà commis un adultère avec elle dans son cœur.

= Si ton œil droit te scandalise, retranche-le et jette-le loin de toi :

il t'importe que se perde un seul de tes membres et

que ton corps tout entier ne soit pas jeté dans la géhenne

si ta main droite te scandalise, arrache-la et jette-la loin de toi :

il t'importe que se perde un seul de tes membres et

que ton corps tout entier ne soit pas jeté dans la géhenne

d)- Question du divorce.                                                                                               5/31-32

= il a été dit : " Celui qui répudiera sa femme, qu'il lui donne un acte de divorce." Deut 24/1

= moi, je vous dis :

Tout homme qui répudie sa femme, hormis le cas d'inconduite, la fait être

objet d'adultère

= et celui qui épousera une femme renvoyée, commet un adultère .

e)- vérité de la parole donnée                                     5/33-37

= il a été dit aux anciens : " Tu ne feras pas de faux serments, mais

tu t'acquitteras de tes serments envers le Seigneur ." Lv 19/12  Nb 30/3  Deut 23/22

= moi, je vous dis

de ne pas jurer du tout,

ni par le ciel, ni par la terre, ni par Jérusalem, ni par ta tête ne jure pas

Isaïe 66/1   Ps 48/2.

=  Que votre parole soit : "oui" si c'est "oui", "non" si c'est "non",

tout ce qui est en plus de ceci vient du Mauvais.

f)- La non-violence                                                                                                          5/38-42

= il a été dit : "Œil pour œil, dent pour dent"  Ex 221/24  Lv 24/20  Deut 19/21

= moi, je vous dis

de ne pas résister au méchant

mais quiconque te gifle sur joue droite, retourne aussi l'autre

quiconque te met en jugement pour la tunique, laisse-lui aussi le manteau

quiconque te réquisitionne pour un mille, pars avec lui pour deux

= à qui te demande, donne, de qui veut t'emprunter ne te détourne pas

g)- L'amour universel                                                                                                      5/43-47

= il a été dit : "tu aimeras ton prochain Lv 19/18   et tu haïras ton ennemi

= moi, je vous dis:

aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutes

= trois justifications:

devenir fils de votre Père … fait lever son soleil et pleuvoir sur justes et injustes

si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense avez-vous

si vous saluez vos frères seulement, que faites-vous en surabondance

les habitants des nations font la même chose

perspective générale : " Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait "

reprise de la phrase d'Ancien Testament : " Vous serez saints car je suis saint. "

Lévitique 11/44 11/45 19/2

3*- la nouvelle manière de vivre la "justice" (au sens religieux juif)

a) principe : ne faites pas votre justice devant les hommes pour être considérés 6/1

vous n'avez pas de récompense chez votre Père

b) application aux "Œuvres" (trois considérées comme prioritaires par les juifs -

exposées en ordre inverse de l'enseignement habituel)

= l'aumône                                                                                                                         6/2-4

ne claironne pas devant toi comme hypocrites dans synagogues et rues

pour qu'ils soient glorifiés par les hommes

en vérité je vous dis, ils ont leur récompense

que ta main gauche ne connaisse pas ce que fait la droite

que ton aumône soit dans le secret

ton Père qui regarde dans le secret te remettra

= la prière                                                                                                                            6/5-6

ne soyez pas comme les hypocrites qui aiment prier en se tenant debout

dans les synagogues et les angles des places

en vérité je vous dis, ils ont leur récompense

entre dans ta chambre … prie ton Père dans le secret … il te remettra

compléments sur la prière :

a) ne rabâchez pas comme les habitants des nations 6/7-8

ils pensent que par leurs nombreuses paroles ils seront écoutés

votre Père sait ce dont vous avez besoin avant que vous le lui demandiez

b) priez ainsi :     Notre Père qui es dans les cieux 6/9-13

que soit sanctifié ton nom - que vienne ton Royaume - qu'arrive ta volonté

comme au ciel aussi sur terre

notre pain quotidien conne-le nous aujourd'hui

pardonne-nous nos dettes comme nous aussi, nous avons pardonné

et ne nous porte pas vers la tentation, mais défends-nous du méchant

g) si vous pardonnez aux hommes, votre Père vous pardonnera                          6/ 14-15

si vous ne pardonnez pas, votre Père non plus ne pardonnera pas 

= le jeûne                                                                                                                      6/16-18

ne devenez pas comme les hypocrites au visage sombre , ils décomposent

leurs visages en vue d'apparaître comme jeûnant

en vérité je vous dis, ils ont leur récompense

parfume ta tête, lave ton visage pour ne pas apparaître aux hommes jeûnant

mais à ton Père qui voit dans le secret

ton Père qui regarde dans le secret te remettra

c)- orientation générale                                                                                                      6/19-21

ne thésaurisez pas des trésors sur la terre

mites et vers décomposent -  voleurs percent et volent

là où est ton trésor, là sera aussi ton cœur

3ème ensemble : la Sagesse chrétienne     ( la nouvelle "justice" au sens religieux juif )

1*- invitation à la Sagesse           en continuité avec Sagesse 1/2 6/12                                 6/22-23

importance du regard  (nourri du témoignage de Jésus)

la lampe du corps, c'est l'œil

si ton œil est simple, ton corps tout entier sera lumineux

si ton œil est méchant, on corps tout entier sera ténébreux

si donc la lumière qui est en toi est ténèbre, combien grande sera la ténèbre

2*- recommandations de "sagesse" en continuité avec L'Ancien Testament

  1. a) le rapport aux problèmes matériels : ne pas s'inquiéter

= le conflit intérieur Dieu-argent                                                                                         6/24

personne ne peut être au service de deux seigneurs

… il s'attachera à l'un et méprisera l'autre

vous ne pouvez pas être au service de Dieu et de Mamon

= les soucis quotidiens                                                                                                   6/25-37

ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez

et pour votre corps ce dont vous le vêtirez

la vie est plus que la nourriture et le corps plus que le vêtement

les oiseaux du ciel ne sèment ni ne moissonnent

votre Père céleste les nourrit - vous l'emportez sur eux

qui de vous en s'inquiétant peut ajouter à sa taille une seule coudée

au sujet du vêtement… les lis de la campagne ne peinent ni ne filent

Salomon dans toute sa gloire n'était pas revêtu comme un seul

si Dieu l'habille ainsi, ne le fera-t-il pas plutôt pour vous

ne vous inquiétez donc pas : que mangerons-nous, boirons-nous ou revêtirons-nous ?

les Nations recherchent tout ceci

votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout ceci

= priorité du Royaume: cherchez d'abord le Royaume et sa justice                                                                                                tout ceci vous sera ajouté

ne vous inquiétez pas pour demain, demain s'inquiètera de lui-même

b)- le rapport aux autres : ne pas juger  prématurément                                               7/1-5

= ne jugez pas afin que vous ne soyez pas jugés, car

du jugement dont vous jugez, vous serez jugés

de la mesure dont vous mesurez, il sera mesuré pour vous

= pourquoi regardes-tu la paille qui est dans l'œil de ton frère

et la poutre qui est dans ton œil, tu ne la remarques pas

comment diras-tu à ton frère : laisse, que je jette dehors de ton œil la paille

et voici: la poutre est dans ton œil

= hypocrite, d'abord jette de ton œil la poutre et alors tu regarderas

correctement pour jeter dehors de l'œil de ton frère la paille 

exception pour les sacrements                                                                                         7/6

ne donnez pas ce qui est sacré aux chiens,

ne jetez pas vos perles devant les porcs

ils risquent de les piétiner et se retournant, de vous mettre en pièces

c)- le rapport à Dieu : demander, chercher, frapper     confiance vis-à-vis du Père    7/7-11

= demandez et il vous sera donné, cherchez et vous trouverez,

frappez et il vous sera ouvert    …

= qui est d'entre vous l'homme à qui son fils demande du pain

lui accordera-t-il une pierre

à qui son fils demande du poisson lui accordera un serpent

= si donc vous qui êtes méchants, savez donner de bons cadeaux à vos enfants

combien plus votre Père donnera de bonnes choses

à ceux qui lui demandent

invitation à poursuivre cette référence sur d'autres points                                                   7/12

tout ce que vous voudrez que les hommes fassent pour vous,

vous-aussi, faites-le pour eux

ceci est la Loi et les Prophètes

3*- recommandations de "sagesse" particulières aux chrétiens

  1. a) choisir la voie exigeante qui mène à la vie                                                              7/13-14

entrez par le passage étroit

large est le passage, spacieux le chemin qui emmène vers la perte

nombreux ceux qui entrent par lui

étroit le passage, resserré le chemin qui mène à la vie

peu nombreux ceux qui le trouvent

  1. b)

ayez garde des faux prophètes qui viennent auprès de vous

en vêtements de brebis et au dedans sont des loups rapaces

d'après leurs fruits vous les reconnaîtrez

on ne recueille pas sur des épines des raisins, sur des chardons des figues

tout arbre bon fait de beaux fruits,

l'arbre pourri fait des fruits méchants

un arbre bon ne peut faire des fruits méchants

et un arbre pourri faire de beaux fruits

tout arbre ne faisant pas un beau fruit est arraché et jeté au feu

d'après leurs fruits, vous les reconnaîtrez.

  1. c) "faire" la Parole, en la mettant en pratique

= déformations en verbalisme                                                                                 7/21-23

pas celui qui me dit: Seigneur, Seigneur, qui entrera dans le Royaume des cieux

mais celui qui fait la volonté de mon Père 

beaucoup diront: en ton nom, nous avons prophétisé - chassé des démons - fait

des gestes de puissance

je leur confesserai: jamais je ne vous ai connus

écartez-vous de moi, vous qui faites œuvre de l'iniquité

= construire sa maison sur le roc                                                                            7/24-25

quiconque entend ces paroles-ci, les miennes et les fait

sera assimilé à un homme avisé qui a construit sa maison sur le roc

la pluie est descendue - les fleuves sont venus - les vents ont soufflé …

la maison n'est pas tombée, car elle avait été basée sur le roc

= ne pas construire sur le sable                                                                              7/26-27                               quiconque entend ces paroles-ci, les miennes et ne les fait pas

sera assimilé à un homme insensé qui a construit sa maison sur le sable

la pluie est descendue - les fleuves sont venus - les vents ont soufflé …

la maison est tombée,  et sa chute était grande

transition         quand Jésus eut fini ces paroles-ci (11/1 13/53  19/1  26/1)            7/28-29

les foules étaient stupéfaites de son enseignement (22/33  13/54) car il les enseignait comme ayant autorité (9/8) et non comme leurs scribes


Méditation avec Hans Urs von Balthasar

Plus de souffle que toute la violence du monde….

Dieu n'aime jamais partiellement, il aime totalement, c'est le sens du mot catholique.

Jésus est le Fils unique de Dieu, qui nous fait comprendre ce qu'il "a vu et entendu" auprès du Père (Jn 3,32) : à savoir que ce n'est pas partiellement que Dieu aime, partiellement qu'il est juste.

Au contraire, à l'attaque du pécheur contre lui, ce n'est pas par le retrait de son amour qu'il répond. Il manifeste cela humainement en n'opposant pas à la force une force contraire, mais en offrant, dans la Passion, l'autre joue. Toute la violence du péché se déchaîne contre lui, justement "parce qu'il s'est fait Fils de Dieu" (Jn 19,7). Mais sa non-résistance a plus de souffle que toute  violence du monde.

L'attitude de Jésus n'est pas un programme politique, car il est clair (même pour lui) que l'ordre public ne peut pas renoncer au pouvoir pénal. (Cf. Mt 12,19; Lc 14,31; Mt 22, 7-13). Le Christ présente, en ce monde de violence, une forme, divine, de non-violence, qu'il a déclaré bienheureuse pour ses successeurs (Mt 5,5) et à l'exercice de laquelle il les invite ici.

L'Ancien Testament connaissait l'amour d'abord envers les membres de la tribu, ils étaient alors "le prochain". Dans le Christ, tout homme pour qui le Christ a vécu et souffert, est devenu le prochain. Aussi les chrétiens ont-ils, face aux "publicains" et aux "païens", à dépasser, à l'exemple du Christ,  la solidarité humaine limitée.

La vraie catholicité du chrétien consiste moins dans un laisser-faire extérieur que dans l'attitude intérieure: "aimez vos ennemis, priez pour vos persécuteurs; ainsi serez-vous fils de votre Père qui est aux cieux".

René Girard : la violence et le sacré

Avec deux concepts clés, le mimétisme et le bouc émissaire, le philosophe René Girard a remonté le temps, des origines du monde à nos jours, sur les traces de la violence « qui constitue le cœur véritable et l’âme secrète du sacré ». Pour parvenir au dernier concept de son triptyque : la révélation de l’innocence du bouc émissaire.

I. Le désir et le mimétisme

Au cœur de l’homme observe Girard, il y a le désir triangulaire, forme essentielle, ontologique, du désir humain.

On le retrouve aussi bien chez l’enfant que chez le snob, chez les fashion victims que chez les Don Juan. A ne désire pas un objet B pour ses propriétés particulières, mais parce que C, le médiateur ou le modèle, désire ou possède déjà l’objet B. Il n’y a pas d’autonomie du désir ou de ligne droite du sujet à l’objet. Au contraire, un triangle du désir se forme entre le sujet, le médiateur et l’objet. Ce triangle se modifie selon l’évolution du rapport entre le sujet et le médiateur.

Pour Girard, il existe deux sortes de médiation :

- l’une externe

- l’autre interne

Médiation externe :

Le médiateur est à des années-lumière du sujet, inaccessible.

C’est par exemple  le petit courtisan qui regarde Louis XIV, le  teenager américaine qui rêve de Marilyn, Sancho qui observe Don Quichotte.  Mais stars et rois ont tendance à disparaître, au profit d’un relatif égalitarisme qui fait que la médiation est le plus souvent interne.

Médiation interne :

Dans ce cas, le médiateur est non seulement un modèle, mais aussi un rival. Le sujet veut s’emparer de « l’être de son médiateur », et une rivalité naît entre les deux. Dans ce processus, l’objet du désir disparaît, ou presque, seul le médiateur compte.

Le désir triangulaire est en réalité profondément mimétique. En reprenant la phrase d’Aristote dans la Poétique, « l’homme se différencie des autres animaux en ce qu’il est le plus porter à imiter » (48b, 6-7), René Girard montre que le mécanisme mimétique procède en trois temps : désir, rivalité, et enfin crise.

Appelée « crise mimétique », cette dernière peut-être l’aboutissement d’un processus d’indifférenciation qui oppose des « doubles », chacun d’eux étant le modèle pour l’autre, mais aussi son rival : Abel et Caïn sont des exemples de  ces jumeaux rivaux, tout comme Remus et Romulus. La guerre civile, selon Girard, étant le summum de la guerre entre des doubles indifférenciés.

II. Le bouc émissaire

Girard emploie l’expression du bouc émissaire au sens large : quelles sont les racines de ce mécanisme collectif qui semble traverser l’ensemble des sociétés.

De la rumeur au progrom, du lynchage au massacre, toute une palette de violences fait appel à un ou plusieurs boucs émissaires. Pourquoi ? Parce que le bouc émissaire est un mécanisme qui permet de passer de « la guerre de tous contre tous » à « une guerre de tous contre un seul ».

Les étapes de ce mécanisme sont toujours les mêmes.

  1. Une société en crise (maladie, famine, meurtres en série, etc.).
  2. La désignation d’un bouc émissaire (étranger, malade réprouvé, ou simplement celui qui passe au mauvais endroit au mauvais moment).
  3. Le meurtre du bouc et la fin de la crise : la violence a contenu la violence.
  4. La paix retrouvée conforte la société dans le bien-fondé de la mise à mort du coupable désigné.

Au final, l’unité sociale est reconstituée sur le dos du bouc, lequel est divinisé, mythifié à travers un récit. C’est toute l’histoire de l’humanité : la naissance des sociétés et de leurs religions repose entièrement sur le meurtre fondateur du bous émissaire. Pour résoudre les crises mimétiques ultérieures, les sacrifices répèteront rituellement ce meurtre. Le Carnaval en porte les traces à travers l’indifférenciation de la foule, les transes collectives, le sentiment de rivalité grandissante ; souvent d’ailleurs la fête s’achève par un meurtre simulé qui rappelle celui du bouc émissaire et la résolution de la crise mimétique.

La figure du bouc émissaire montre son double visage : il est haï puisqu’il est à l’origine de la crise mimétique, mais il est en même temps divinisé puisque c’est la mort qui permet à l’ordre social d’être rétabli. Dieu a besoin du diable. Le bouc émissaire est comme le pharmakon  grec, à la fois le mal et le remède, haï et divinisé.

C’est l’image évangélique de « Satan qui expulse Satan ».

III. La révélation

L’innocence du bouc émissaire est révélé avec le judaïsme, et plus encore avec le christianisme : du (non) sacrifice d’Abraham jusqu’à la mort du Christ, les textes dévoilent ces « choses sacrées depuis la fin du monde ».

A l’image de ce  récit du centurion romain commentant la mort de Jésus : « Assurément, cet homme était vraiment le fils de Dieu. » Jésus meurt à la place des hommes en portant « le péché du monde ». Mais il révèle en même temps sa propre innocence et celle de tous les boucs émissaires qui l’ont précédé.

C’est le moment clef du christianisme, puisque l’abandon de la recherche des boucs émissaires correspondrait à la recherche des causes réelles des phénomènes. C’est l’impulsion décisive qui conduit aux sciences modernes. Mais dans le même temps, une fois le mécanisme révélé, la crise mimétique semble devoir gagner en intensité, sans possibilité de détourner la violence.

Dans Achever Clausewitz, Girard appelle à imiter J.C., seul être qui n’a jamais imité et n’est donc pas sous l’emprise du désir mimétique. Cette imitation qui consiste à être « frères dans le Christ pour être fils de Dieu » est baptisée médiation intime, afin de la distinguer des médiations externe et interne.

Elle s’exprime à travers l’image du bon Samaritain qui ne pose plus la question de savoir qui est son prochain, mais celle, authentiquement catholique, de savoir comment se faire le prochain de l’autre.

Mise à jour le Samedi, 22 Février 2014 17:32
 

Année A : 2ème Dimanche de Pâques

 

Sommaire

Actualité : plutôt que de considérer Thomas, arrêtons-nous sur les autres disciples.

Evangile : Evangile selon saint  Jean 20/19-31

Références aux autres années : pistes différentes pour A, B et C

Contexte des versets retenus par la liturgie

Piste de réflexion possible : n'oublions pas ceux qui ont cru avant Thomas…

 

Actualités

Chaque année le même texte d'évangile est proposé à notre réflexion pour le 2ème dimanche de Pâques. Il est composé de deux parties dont l'évangéliste a pris soin de préciser les similitudes mais également les différences. Sans le témoignage vécu par d'autres dans l'après-midi de Pâques, Thomas serait resté hors course. Heureusement pour lui, ses anciens compagnons ne lui ont pas tenu rigueur de son absence et ont eu l'amitié de le mettre ensuite au courant. Pourtant, la plupart des commentaires concentrent leur réflexion sur sa personne et  retiennent son attitude bien plus que celle des pionniers de la résurrection.

A la lecture de ce passage, il n'est donc pas inutile de "rétablir l'équilibre" en faveur des "disciples du début". Leur comportement a été le comportement chrétien "normal" et mérite autre chose qu'une mention distraite. La présentation qu'adopte le quatrième évangéliste à leur sujet est donc la source à laquelle nous pouvons renouveler le dynamisme privilégié que nous vivons chaque jour avec Jésus. Arrêtons-nous donc sur quelques versets qui nous rapprochent d'eux bien plus que les dénégations de Thomas.

 

Evangile

Evangile selon saint  Jean 20/19-31

L'évangéliste a construit sa présentation en trois ensembles parallèles dans la forme, avec référence commune au salut liturgique de paix.

1° les premiers témoins (en nombre incomplet) : " il leur montra ses mains et son côté ".

" Comme donc c'était le soir, ce jour-là, le premier de la semaine et les portes étant fermées là où étaient les disciples, par peur des Juifs,

Jésus vint, il était là au milieu. Il leur dit : " paix à vous ! "

Ayant dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.

2° le même groupe (toujours incomplet) : " je vous envoie " - "recevez l'Esprit-Saint" - la diffusion du témoignage commence auprès de Thomas.

Jésus leur dit de nouveau : " paix à vous !

= Comme le Père m'a envoyé, moi-aussi, je vous envoie "

= Et, ayant dit cela, il souffla et leur dit : " Recevez l'Esprit-Saint : si de certains vous remettez les péchés, ils leur sont remis ; si de certains vous retenez les péchés, ils leur sont retenus. "

= Thomas, l'un des Douze, qui est appelé Didyme (nom qui signifie "Jumeau") n'était pas avec eux lorsque vint Jésus. Les autres disciples lui disaient : " Nous avons vu le Seigneur. "

Mais lui leur dit : " Si je ne vois pas à ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l'endroit des clous, si je ne mets pas ma main à son côté, non, je ne croirai pas. "

3° le groupe complet avec insistance sur les difficultés et le cheminement de l'absent, figure de tout chrétien (Jumeau) vivant historiquement après les événements.

Et après huit jours, de nouveau, ses disciples se trouvaient à l'intérieur et Thomas était avec eux. Jésus vient alors que les portes étaient fermées. Il était là au milieu. Il dit : " paix à vous ! "

= Puis il dit à Thomas : " Porte ton doigt ici et vois mes mains ; porte ta main et mets-la dans mon côté. Ne sois plus incrédule, mais croyant. "

= Thomas répondit et lui dit : " Mon Seigneur et mon Dieu ! ". Jésus lui dit : " Parce que tu m'as vu, tu crois ... Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru. "

= Jésus fit encore beaucoup d'autres signes devant ses disciples, qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre. Mais ceux-là ont été mis par écrit afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin qu'en croyant, vous ayez la vie en son Nom."

 

Références aux autres années

Chaque année, ce même texte d'évangile est proposé pour le 2ème dimanche de Pâques. L'épisode de Thomas fait partie de ces passages sur lesquels beaucoup a été dit.

En année B, deux pistes de réflexion ont été suggérées : l'une dénonçait les fausses interprétations concernant Thomas, l'autre reprenait le déroulement que construit l'évangéliste et en éclairait le déroulement en trois temps de nos assemblées dominicales.

En année C, nous avons pris un peu de hauteur par rapport à la réaction de Thomas et nous avons prêté attention aux signes dont le dernier verset montre l'importance. Après le repérage de la sélection opérée par Jean et quelques généralités à leur sujet, nous avons approfondi le lien qu'ils établissent entre foi et vie.

Cette année (année A), nous vous proposons de "rétablir l'équilibre" en faveur des "disciples du début". En insistant toujours sur Thomas, on finit par oublier le comportement "normal" qui fut le leur. Or il mérite autre chose qu'une mention distraite. Pour le percevoir, il est nécessaire de prêter davantage attention à la présentation d'ensemble qu'adopte le quatrième évangéliste pour les événements de la résurrection.

 

Contexte des versets retenus par la liturgie

* Il est utile de rappeler la position que nous avons adoptée, au temps du carême, vis-à-vis de la pluralité d'auteurs concernant le quatrième évangile. "L'énigme de la composition" est un fait évident et, lorsque la question est posée, il est loyal de l'admettre. Lorsque nous parlons entre nous de "l'auteur" au singulier, c'est par commodité en cherchant à ne pas trop nous perdre dans des questions exégétiques qui restent en discussion. Le texte est là et c'est à lui que nous donnons priorité, tout en sachant qu'il est impossible d'en sentir les résonances sans tenir compte de l'humanité de sa rédaction.

* Il est rare de chercher à approfondir l'originalité de Jean à propos des événements de la résurrection. Il semble suivre le scénario "classique" que l'on pense pouvoir retirer des autres récits évangéliques. Deux handicaps pèsent sur le repérage de ses particularités. Tout d'abord, le fait qu'on le relègue habituellement "en dernier" porte l'attention plus sur l'approfondissement global de la résurrection… Par ailleurs, l'évidence d'une pluralité de documents "coupe court" à la perspective de leur enchaînement.

Précisons donc le bilan :

1.- Tout part d'une visite de Marie de Magdala au tombeau. Le récit semble évoquer une visite individuelle, mais le témoignage recourt au pluriel : "Nous ne savons pas où l'on a mis le corps"(20/2)

- Alertés par Marie, Pierre et l'autre disciple, celui que Jésus aimait, se rendent au tombeau et constatent le fait que les bandelettes sont "posées là" ainsi que le suaire qui recouvrait la tête, ce dernier étant roulé dans un endroit à part. Cette constatation suscite immédiatement la foi de "l'autre disciple", par association entre "ce qu'il voit" et la mention des Ecritures. Mais aucun passage particulier des écrits prophétiques n'est mentionné.

2.- Suit la rencontre personnelle entre Marie de Magdala et le Seigneur. La composition de cet épisode est complexe car l'auteur concentre de nombreux éléments de résurrection: mention de deux anges qui, chez Jean, ne jouent aucun rôle… méprise de Marie lorsqu'elle voit Jésus "debout", c'est--à- dire "ressuscité" selon le double sens du même mot "dans les langues sémitiques… naissance de la foi à l'appel de son prénom "Marie"… phrase mystérieuse qui évoque une situation "transitoire" du ressuscité: "je ne suis pas encore monté vers mon Père"… message à transmettre aux "frères": "je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu"… annonce personnelle aux disciples: "J'ai vu le Seigneur".

3.- "le soir de ce même jour qui était le premier de la semaine", le quatrième évangile présente le double épisode de l'apparition aux disciples… Cette dualité pose bien d'autres questions que celle de l'incrédulité de Thomas. Ainsi, l'envoi en mission et le don de l'Esprit sont situés en absence de l'apôtre. Qu'en a-t-il été pour lui par la suite?

4.- Bien que l'intervention d'un autre auteur soit mentionnée par le texte lui-même, il est nécessaire de situer le dernier chapitre en lien étroit avec la résurrection. Le lieu change puisque, de Jérusalem, nous partons pour les bords de la mer de Tibériade. Le groupe des disciples rétrécit puisque, apparemment, ils ne sont plus que sept dont Thomas. Mais le rédacteur donne valeur à son récit en parlant de "troisième fois" où Jésus se manifeste à ses disciples.

* La composition en deux temps adoptée dans le passage d'aujourd'hui se retrouve en d'autres chapitres et, par comparaison, nous pouvons repérer l'esprit dans lequel s'opère ce dédoublement.

- Le départ des premiers disciples (1/35) se réalise en deux vagues unifiées par l'invitation "Venez et voyez". André, l'un des deux disciples du Baptiste, commence sa mission auprès de son frère Simon. Puis Philippe adresse la même invitation à Natanaël encore hésitant. Ce dernier est conquis par le contact direct de Jésus dans un cadre de "voir". "Rabbi, tu es le Fils de Dieu, le roi d'Israël".

- Le récit de la Samaritaine est également composé en deux temps. La femme invite ses compatriotes à "voir" et ceux-ci sont sensibles surtout au contact direct avec Jésus.

- Le signe du partage des pains est associé à un deuxième signe plus personnel, celui de la marche sur la mer. Les apôtres réagissent principalement au second lorsqu'ils le "voient" marcher sur la mer et s'approcher de la barque.

- L'aveugle de naissance centre son témoignage sur le fait que Jésus lui a rendu la vue, mais la conclusion évoquera une deuxième rencontre plus significative: "Qui est le Fils de l'homme… Tu l'as vu, c'est celui qui te parle… Je crois, Seigneur." (9/37).

- Le déroulement de la réanimation de Lazare est composé en plusieurs séquences où s'entremêlent les questions de "croire" et de "voir". Le dialogue entre Marthe et Jésus se situe en reprise de premières convictions délicates à faire évoluer. Jésus reste au centre: "Je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, Celui qui vient dans le monde"

- Le dialogue entre Marie de Magdala et Jésus ressuscité est marqué d'une même progression.

*  Les commentaires "ajoutent" souvent aux réactions de Thomas et "omettent" au même degré les "détails" qui illustrent la foi des premiers disciples. Pour constater ce déséquilibre, il suffit de considérer  certaines "habitudes" adoptées par des assemblées chrétiennes plus nourries de passion que de résurrection.

1. D'emblée, un rapprochement imprévu attire notre attention: "il vint, il était là". Il correspond à l'attitude courante où l'esprit humain éprouve bien du mal à conjuguer plusieurs idées. En raison d'une fausse conception de la divinité, la tendance spontanée est de situer Jésus dans un ciel lointain, il faut donc "le faire venir", alors que sa résurrection le situe en "déjà là" de façon permanente.

2. La foi en la résurrection est d'ordre intérieur et doit engendrer la paix face aux oppositions et perturbations ordinaires. Nous sommes souvent loin de cette ambiance lorsque pleuvent les recommandations "morales" ou "pastorales" sur les chrétiens réunis pour "célébrer le jour du Seigneur".

3. Le symbole "des mains et du côté" est habituellement pris dans un sens réducteur qui ne s'impose pas chez Jean. La joie qui est suscitée chez les disciples émane d'une référence plus large. Nous sommes loin d'une priorité exclusive à la passion. Il s'agit de l'activité globale de Jésus et de l'ambiance d'amitié qui l'a animée. Nous retrouvons l'idée familière à Marc qui présentait Jésus "semant" la résurrection dès son engagement public en faveur de ceux qui recouraient à lui.

Il suffit de remarquer la différence avec le texte de Luc (24/39) qui fait "des mains et des pieds" un signe orienté vers le fait "qu'un esprit n'a ni chair ni os". Cette différence se retrouve avec le verset concernant Thomas: le symbole n'est pas exactement le même puisque, pour celui-ci, sont mentionnées "la marque des clous" et "la plaie du côté dans laquelle on pourrait mettre la main".

Les versets suivants éclairent l'optique qui ouvre la continuité de la mission. Il est normal que "les pieds" de Jésus, symboles de ses déplacements, ne figurent pas et soient remplacés par les pieds des apôtres missionnaires que Jésus a lavés la veille de sa passion… Au contraire, ses mains", symboles de son témoignage "historique", apparaissent comme révélatrices d'une activité réussie lorsqu'on la considère dans son déroulement total débouchant sur la résurrection… "Son côté" symbolise ce que le témoin du coup de lance a vu (19/35), à savoir l'au delà de la résurrection, une présence intime se réalisant par l'eau du baptême et le sang de l'eucharistie…

Les apôtres n'ont donc pas à forger de nouvelles conceptions personnelles. Ils ont à transmettre ce qu'ils ont vu et entendu, "la Bonne Nouvelle de la paix par Jésus-Christ… celui auquel Dieu a conféré l'onction d'Esprit et de puissance, lui qui passait en faisant le bien et guérissant… celui que Dieu a ressuscité le troisième jour…"(Actes 10/36)

4. En situant le don de l'Esprit dans l'après-midi de Pâques, en émanation immédiate de la résurrection, Jean remet en question certaines visions simplistes de l'événement de Pentecôte. Il ne fait que traduire ce qu'il a déjà souligné dans le discours après la Cène. "Lorsque viendra le Paraclet que je vous enverrai d'auprès du Père, l'Esprit de vérité, il me rendra témoignage. Mais vous aussi, vous témoignerez parce que vous êtes avec moi dès le commencement".(15/26) "Il ne parlera pas de lui-même… il me glorifiera car c'est de mon bien qu'il recevra et il vous le dévoilera"… "il vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit" (14/26)…

L'évangéliste va plus loin. Car l'évocation du "souffle de Jésus" qui suscite l'Eglise relie ce geste au récit de la création selon le premier chapitre de la Genèse. "Dieu façonna l'homme, glaise de la terre, et il souffla sur son visage une haleine de vie et l'homme devint un être vivant". Les apôtres sont donc associés à une nouvelle création.

5. Vient enfin l'interprétation des paroles concernant l'action de "lier ou délier les péchés". La diversité des commentaires témoignent qu'il s'agit là d'une phrase délicate en ce qui concerne le sens à donner aux mots "remettre" ou "retenir" et surtout en ce qui concerne leur portée en un domaine qui nous échappe.

Dans les Actes (10/43), le discours de Pierre à Corneille révèle que très tôt la question du pardon des péchés a été liée à la résurrection : "nous avons mangé et bu avec lui après sa résurrection… il nous a prescrit de proclamer que Dieu l'a désigné comme juge des vivants et des morts… c'est à lui que tous les prophètes rendent le témoignage que voici: le pardon des péchés est accordé par son Nom à ceux qui croient en lui".

Nous aimerions avoir plus ample référence sur cette unanimité des prophètes, car leurs expressions restent très dépendantes de leur époque et les commentaires concernant le sujet ont beaucoup évolué au cours des siècles précédant notre ère. L'épître aux romains reprend ce thème mais le ton pessimiste qu'elle adopte n'est pas pour nous aider à harmoniser son enseignement avec la vision plus apaisée des évangiles.

 

Piste de réflexion : n'oublions pas ceux qui ont cru avant Thomas…

Arrêtons-nous sur les disciples pionniers de la résurrection et sur les quelques versets qui nous rapprochent d'eux bien plus que les dénégations de Thomas.

1er point : Jésus vient, et pourtant il était là, au milieu…

Nous pourrions être surpris par ce rapprochement imprévu et apparemment contradictoire. Mais ne correspond-il pas au bienfait que nous apporte notre foi en la résurrection?… Par nature, nos esprits humains sont limités, nous avons du mal à conjuguer plusieurs idées et les soucis habituels monopolisent notre attention. Les temps forts qui nous aident à prendre quelque distance vis-à-vis du quotidien révèlent alors leur utilité. Car, nous prenons conscience "que Jésus est toujours là" sur nos routes, à la manière dont le décrit Luc lorsqu'il parle des disciples d'Emmaüs. Certes, nous le "faisons venir" mais il est désormais toujours là.

L'évangéliste prend soin de préciser qu'en cette intériorité, c'est sa présence bienveillante qui doit nous influencer. Par deux fois, Jésus le redit à ses amis: "Paix à vous"… Plusieurs handicaps risquent d'introduire une peur qui n'a aucune raison d'être. Parfois, une formation moralisante a transformé ces temps de dialogue en des temps de reproche au plan moral ou au plan pastoral. Nous ne savons plus goûter la joie de le savoir avec nous, en permanence et en toute gratuité. Par ailleurs une fausse conception de sa divinité contribue à le situer dans un ciel lointain, hors d'une humanité semblable à celle qu'il a partagée et désire continuer de partager à travers nous.

2ème point : il leur montra ses mains et son côté…

Si nous voulons communier pleinement à "l'expérience" des premiers disciples, il est essentiel de donner un sens très large à ce premier geste de Jésus. Le symbole "des mains et du côté" est habituellement pris dans un sens réducteur et interprété comme "preuves de la résurrection". Ce n'est pas totalement faux mais il nous faut donner à cette mention l'amplitude qu'elle avait à ce moment et qu'elle doit retrouver dans notre cas personnel. Pour saisir l'originalité de Jean, il suffit de comparer avec les objections de Thomas qui, lui, limite à la trace des clous et à la plaie du côté. C'était également l'orientation restreinte que Luc donne au récit parallèle lorsqu'il évoque "les mains et les pieds" comme témoignage "qu'un esprit n'a ni chair ni os".

Dans le quatrième évangile, la joie qui est suscitée chez les disciples s'enracine plus profondément. "Les mains de Jésus" symbolisent son témoignage "historique global". La résurrection ne peut pas en être détachée, elle en fait partie. Elle ne se présente pas en revanche du drame final, elle authentifie l'activité de Jésus comme une "activité réussie" à condition de la considérer dans son déroulement "total". Nous retrouvons l'idée familière à Marc qui présentait Jésus "semant" la résurrection dès son engagement public en faveur de ceux qui recouraient à lui. Il est donc normal que "les pieds" de Jésus, symboles de ses déplacements, ne figurent pas. Ils sont désormais remplacés par les pieds des apôtres, ceux que Jésus a lavés la veille de sa passion en anticipation de leur mission.

Il en est de même de la mention "du côté". Lorsqu'il a présenté l'épisode du coup de lance (19/35), l'évangéliste a pris soin de suggérer la valeur symbolique du sang et de l'eau qui en étaient sortis. Ils anticipaient l'au delà de la résurrection, la présence intime qui se réaliserait par l'eau du baptême et le sang de l'eucharistie… "Montrer son côté à ses amis" dépassait la matérialité d'un cœur transpercé, il s'agissait plus intimement de souligner la permanence des sentiments de Jésus pour ses amis.

Ce signe nous concerne donc tout autant qu'eux. Au temps de son ministère "visible", Jésus s'exprimait en relations concrètes d'amitié et de vie commune. Désormais, cette forme a changé et pourtant chaque croyant doit se convaincre que la densité de relation reste la même. Le quatrième évangéliste nous propose donc de la symboliser en recourant à des signes de croissance et de vie.

De façon habituelle c'est bien de cette double richesse dont nous vivons. La présentation de Jean a le mérite de nous mettre en garde contre toute évasion "mystique" qui dévierait la résurrection de son vrai sens. Il est si tentant de "concevoir" Jésus dans un autre monde, "assis à la droite du Très-Haut" et intercédant pour nous selon les fluctuations de notre imagination. Or le matin de Pâques a été vécu par les disciples avec sérieux comme un "retour" selon le sens exact du mot "résurrection", "surgir à nouveau". Jésus est "revenu" vers nous en double plénitude d'un témoignage passé et de signes actuels.

3ème point : comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie…

L'évangéliste juge nécessaire de situer la mission en conséquence immédiate de la résurrection. Pour tout chrétien cela devrait aller de soi, mais tant de "systèmes religieux" prennent naissance à la mort de leur fondateur et figent la vitalité que celui-ci imprimait à sa pensée. L'auteur n'hésite donc pas à reprendre ici, mot pour mot, une phrase qu'il avait située dans le cadre du discours après la Cène.

Elle rappelle tout d'abord aux apôtres qu'ils n'ont pas à forger de nouvelles conceptions personnelles. Ils ont à transmettre ce qu'ils ont vu et entendu, "la Bonne Nouvelle de la paix par Jésus-Christ… celui qui est passé en faisant le bien et en guérissant… celui que Dieu a ressuscité le troisième jour…"(Actes 10/36).

Par le biais de ce rapprochement l'évangéliste rappelle également l'ambiance chaleureuse qui avait marqué la veillée du jeudi-saint et qui doit s'étendre au nouveau mode de présence de Jésus parmi nous. Jésus n'avait pas orienté les apôtres vers un optimisme béat, il n'avait pas parlé d'une réussite facile. Il avait principalement souligné la solidarité étroite qui insérait ses amis dans le projet divin de salut. "Père, les paroles que tu m'as données, je les leur ai données et ils les ont accueillies"… "c'est pour eux que je prie"… "afin qu'ils aient en eux-mêmes ma joie complète"… "Que l'amour dont tu m'as aimé soit en eux et moi en eux."

La phrase suivante ne fait que renforcer cette solidarité dans la mission.

4ème point : il répandit sur eux son souffle

Nous n'avons pas tort de voir ainsi souligné le dynamisme qui ressort du témoignage de Jésus. Mais la mention du "souffle" que Jésus "répand sur ses amis" porte beaucoup plus loin. Elle nous oriente vers les premiers versets du livre de la Genèse : "Dieu façonna l'homme, glaise de la terre, et il souffla sur son visage une haleine de vie et l'homme devint un être vivant". La mission chrétienne participe à une nouvelle création, celle que Jésus a inaugurée et que nous avons à poursuivre.

Il est vrai, l'expression "nouvelle création" semble bien prétentieuse face à la modestie de nos engagements. Ceux-ci se mêlent étroitement aux contingences ordinaires de toute vie humaine, ils se fixent sur des options pratiques limitées. Par ailleurs, l'incroyance ambiante et les nombreuses défaillances qui émanent de l'histoire de l'Eglise risquent de nous replier sur l'horizon d'un salut individuel.

Jean nous invite à réagir. Nous pourrions le faire en prenant conscience du "souffle" qui a porté la foi jusqu'à nous depuis les premiers temps de l'Eglise. Mais il s'agit surtout de nous remettre sans cesse en "perspective pratique de résurrection". Nous ne cherchons pas à être des modèles extra-terrestres, nous contribuons à diffuser le "souffle" qui peut donner à notre société contemporaine sa valeur humaine et spirituelle. Bien entendu, la marche du monde implique un renouveau permanent qui s'appuie sur une double écoute, celle du monde d'aujourd'hui et celle de la Parole qui nous a été laissée. L'évangéliste n'y revient pas puisqu'il en a longuement parlé au chapitre précédent.

5ème point : "recevez l'Esprit-Saint"…

Nous pourrions être étonnés de voir le don de l'Esprit situé dans l'après-midi de pâques alors que nous avons en mémoire le récit des Actes au jour de la Pentecôte. Ceci remet en question nombre de visions simplistes concernant un monde trinitaire qui nous échappe en son "fonctionnement interne" mais dont nous bénéficions en son engagement "externe"…

Ne nous laissons pas abuser par la brièveté de l'évangéliste sur ce don de l'Esprit. Quelques pages auparavant, il a longuement insisté, dans le discours après la Cène, sur l'unité profonde entre l'action historique de Jésus et la dynamique actuelle de l'Esprit. Les apôtres avaient donc cet enseignement en mémoire et ne pouvaient se méprendre. A nous de faire de même en donnant tout leur poids à certains passage antérieurs que nous oublions facilement.

" Vous, vous connaissez l'Esprit de vérité parce qu'il demeure auprès de vous et qu'il est en vous" (14/16)… "L'Esprit-Saint vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit"(14/26)… "Lorsque viendra le Paraclet que je vous enverrai d'auprès du Père, l'Esprit de vérité, il me rendra témoignage" (15/26)… "Il ne parlera pas de lui-même… il me glorifiera car c'est de mon bien qu'il recevra et il vous le dévoilera"(16/36)

6ème point : ""vous remettrez les péchés…"

Cette dernière phrase peut paraître obscure et elle l'est effectivement lorsqu'on lit la diversité des interprétations qui lui ont été données. Pourtant, elle souligne un point essentiel, à savoir l'efficacité de notre engagement. A travers nous se joue un combat qui nous dépasse et qui pourtant a son incidence dans le monde des hommes.

A quel moment "remettons-nous les péchés"? A quel moment les "retenons-nous"?… Il est bien délicat de le préciser et nous devons éviter de plaquer sur ces paroles les clichés simplistes qui affectent le pardon des fautes.

En conclusion 

Il n'est pas difficile d'imaginer la réaction de ces quelques témoins lorsque, par la suite, ils se souvenaient des événements imprévus auxquels ils avaient été mêlés. Il leur était sans doute possible de mesurer à la fois la portée de ce qui s'était réalisé et l'impromptu de leur comportement spontané.

Il sera toujours possible de disserter sur la densité de leur espérance. Mais nous ne pouvons mettre en doute la double amitié qui les réunissait… amitié pour Jésus, celui dont ils venaient de partager l'aventure, et amitié mutuelle qui les orientait vers le pardon ultérieur à Thomas… Une seule réponse leur a été donnée: Jésus était là et ce fut pour eux l'essentiel…

Que cette conscience reste donc pour nous la certitude qui donne à chacune de nos rencontres avec le Seigneur la même vitalité qu'au premier jour!

Mise à jour le Lundi, 24 Avril 2017 18:23
 
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